Un projet documentaire sur les résistances citoyennes en France.

 
 

L’affrontement politique, la menace terroriste ou la crise économique ont mis le mot "résistance" sur toutes les lèvres. La résistance se redécouvre, se réinvente, au risque parfois de perdre son sens. Pour marquer ses quinze ans d’existence, le Collectif item mobilise l’ensemble de ses membres et collaborateurs pour interroger cette notion. Il s’associe aux journalistes de We Report, une autre structure collective indépendante, pour aller plus loin dans l’exploration et la restitution des résistances symptomatiques de notre époque en produisant neuf histoires en France autour de ceux et celles qui cherchent à résister pour exister.

Un projet soutenu par La Chronique, le magazine d'Amnesty International France.

 
 
 
 
 
© Hugo Ribes

© Hugo Ribes

 
 

# résister [ʁe.zis.te] v. tr.
Du latin resiterer, se tenir ferme
1. Ne pas céder ou céder difficilement au choc de la pression, à l’action d’un autre force, à un corps, à un effort quelconque.
2. (Familier) Lutter contre un désir une tentation ou un danger
3. Se défendre, opposer la force à la force.  S’opposer à une force armée d’occupation.
4. (Figuré) S’opposer au dessein, aux volontés de quelqu’un, tenir ferme contre quelque chose de fort, de puissant.
5. Bien supporter des épreuves physiques ou morales. Supporter un désagrément moral. Ne pas être atteint par les effets des actions auxquelles quelque chose est soumis.

# exister [ɛg.zis.te] v. tr.
Du latin existerer
Forme dérivée de stare, être debout.
1. Vivre, avoir une réalité.
2. Être dans la réalité, se trouver quelque part, être repérable dans le temps ou dans l’espace.
3. (Figuré) Avoir de l’importance, de la valeur.
4. S’affirmer, se faire connaître comme une personne aux yeux de la société, d’un groupe, de quelqu’un.
5. (Philosophie) Être au monde sous une forme neutre et matérielle.

 

Le réveil de la résistance

Rexistance est née d’une volonté commune de travailler ensemble autour d’une thématique qui traverse les préoccupations et les travaux de chacun des membres du Collectif item et de We Report. Au-delà d’une opposition visible, souvent violente, visuelle, ponctuelle et médiatisée, il existe une résistance plus sourde, moins clairement exprimée, moins identifiable. Une forme de lutte qui s’avère nécessaire pour construire d’autres possibles, pour imaginer l’avenir autrement et qui intéresse particulièrement les photographes et les journalistes des deux collectifs.

 

 

Parfois, les enjeux sont économiques, lorsque des habitants résistent à la précarité par la débrouille ou des salariés réinventent leur entreprise pour sauver leurs emplois, mais ils sont aussi d’ordre politique lorsque des citoyens multiplient les initiatives pour contrer l’expansion de l'extrême droite.

Résister c’est aussi esquisser une autre France, où la corruption n’est plus la règle; une France où les enjeux écologiques priment sur l’intérêt économique et où de grands groupes industriels ne peuvent plus polluer ou nuire à la santé publique en toute impunité.

Ces luttes qui se mènent au nom de l’intérêt général et qui poussent certains de nos concitoyens à sortir de l’ombre pour « lancer l’alerte » demandent du courage, de la persévérance, voire de l’abnégation. Même si parfois l'arme la plus efficace peut simplement être l’humour.

 

Au fil de leurs reportages, photographes et journalistes s’approprient ces différentes problématiques, avec la conscience collective de porter la voix de ceux que nous rencontrons mais aussi de faire entendre la nôtre. Car Rexistance traduit également notre volonté de nous affirmer en tant que structures indépendantes dans un paysage médiatique bouleversé, caractérisé par la concentration des médias et la précarisation des métiers de photographes, journalistes et documentaristes.

 

 
Résister c’est aussi esquisser une autre France, où la corruption n’est plus la règle
© Morgan Fache

© Morgan Fache

 

Pourquoi un néologisme ?

Rexistance  évoque dans sa construction sémantique une volonté de s’émanciper d’un terme galvaudé et qui fait du moindre refus, de la plus petite opposition une nouvelle résistance. Notre travail ne s’inscrit pas dans cette logique, pas plus qu’il ne tisse de liens avec une résistance historique, celle qui s’écrit aujourd’hui avec un R majuscule. 

En revanche, notre intention est d’explorer un territoire où un nombre croissant de citoyens décident de résister pour exister dans une société marquée par le délitement du corps social, l’accroissement des abus et des injustices ou encore la radicalisation des extrêmes.

Si certains combattent ces maux parce qu’ils menacent les fondements même de notre démocratie, pour d’autres, il s’agit simplement d’exister pour résister à l’état des choses, aux bouleversements et mutations souvent confuses et anxiogènes de notre époque.

Certaines résistances engendrent l’immobilisme, mais d’autres favorisent l’émergence de nouveaux modèles porteurs d’espoir. Notre projet a l’ambition de montrer ces luttes qui traduisent une volonté de faire face, d’être actif, une envie profonde d’entrer en «Rexistance».

 


Ombres en résistance

Bertrand Gaudillère / Maïté Darnault / Daphné Gastaldi / Mathieu Martiniere / 

Ils s’appellent Irène Frachon, Antoine Deltour, Hervé Falciani... Certains sont devenus très médiatiques, d’autres tentent de préserver leur anonymat. Mais tous, à un moment sont sortis de l’ombre pour dénoncer des scandales environnementaux, des drames sanitaires ou des «affaires» politico-économiques. Traitres pour les uns, héros modernes pour d’autres, ils sont de plus en plus nombreux à « lancer l’alerte » en France et à s’opposer à des multinationales, des banques voire à des Etats. Il aura fallu attendre fin 2016 pour que la patrie des droits de l’homme se dote d’un dispositif de protection censé mettre les lanceurs d’alerte à l’abri des représailles. L'adoption de la loi Sapin II n’a cependant pas encore permis de changer le quotidien de ceux qui ont pris le risque de briser leur carrière, leur vie de famille, leur santé, au nom de la vérité, de l’éthique, de l’intérêt général ou du principe de précaution. Ce sont ces résistances fragiles que le photographe Bertrand Gaudillère et les journalistes Mathieu Martinière, Maïté Darnault et Daphné Gastaldi ont voulu mettre en avant avec une série de portraits intimes et composites qui évoquent le courage, l’abnégation, l’abattement et la place envahissante, voire obsédante que « l’alerte » a pris dans leur vie.

 

Front du Nord

Nicolas Leblanc / 

Le Nord et l'Est sont devenus des terres de prédilection pour le Front National et autant de lieux de confrontation. Même battus au second tour des élections régionales, Marine Le Pen et Florian Philippot ont conduit des listes qui ont obtenus jusqu’à 70% des suffrages exprimés, confirmant ainsi l’ancrage durable et profond de l’extrême droite dans les Hauts de France et le Grand Est... mais aussi du même coup la volonté d’une partie de la population de s’y opposer. Alors qu’à chaque nouveau scrutin, les anciens bassins miniers de la France semblent céder un peu plus aux sirènes frontistes, le refus du FN prend aussi de l’ampleur. Au fil des mois, à l’occasion d’une activité sociale ou culturelle, avec l’aide parfois des médias et des institutions, ou simplement autour d’une bière entre amis qui ont choisit l’humour comme arme, une opposition politique s’exprime et prend forme. Photographe originaire du Nord et vivant aujourd’hui en Lorraine, Nicolas Leblanc parcourt ces territoires qu’il connaît bien et documente une résistance multiforme, empreinte d’une culture régionale qui s’est donnée un objectif national : barrer la route à Marine Le Pen d’ici l’élection présidentielle de 2017. 

 

Les profiteurs

Morgan Fache / 

Abus de confiance, prise illégale d’intérêt, conflit d’intérêt, achat de vote, favoritisme... L’île de la Réunion a depuis longtemps la triste particularité d’être l’un des départements français les plus corrompus. Fin 2015, alors qu’un projet démesuré de construction d’une nouvelle route sur le littoral défraye la chronique de ce département d’outre-mer, une personnalité politique réunionnaise décide de mettre la corruption au cœur de ses préoccupations. C’est cette lutte au nom de l’intérêt commun contre les «profiteurs» menée par le leader du mouvement Rezistans/ARCP et une poignée de citoyens qu’a choisi de suivre le photographe Morgan Fache. Dans la logique de ses précédents travaux photographiques documentaires sur l’exclusion et les questions postcoloniales qui explorent les multiples facettes de l’identité réunionnaise, Morgan Fache pose son regard sur des habitants et des paysages qui tentent d’endiguer un fléau qui gangrène tout un territoire. 

 

Vaulx-en-Velin, cité de la débrouille

Hugo Ribes / Mathieu Martinière /

Vaulx-en-Velin, située dans la banlieue est de Lyon, est la troisième ville la plus pauvre du pays. L’ancienne cité de la soie concentre des indicateurs sociaux alarmants, avec un taux de chômage qui dépasse les 40% chez les jeunes.

Et pourtant, au milieu des tours et du béton, des hommes, des femmes, des familles se libèrent dans l’économie informelle et se lancent dans une expérience innovante. Un collectif d'architectes et d'artisans a décidé d'implanter un atelier de bricolage partagé dans l'un des quartiers les plus difficiles de l'agglomération lyonnaise : le Mas-du-Taureau. L'objectif de l'association Bricologis est de recréer du lien social à Vaulx-en-Velin, en luttant contre la précarité économique et l'isolement. Par la solidarité, la débrouille, le «do-it-yourself»,  des Vaudais retissent du lien et imaginent une alternative à la crise.  Ils encouragent l'auto-réhabilitation et la formation des jeunes en décrochage scolaire. Ils bidouillent, récupèrent, échangent des matériaux, du temps et des savoirs. Pour permettre aux familles du quartier de se nourrir, se loger, travailler. Pour leur permettre de vivre.

Après avoir exploré la résilience de la diaspora birmane en Thaïlande, le photographe Hugo Ribes s’associe au journaliste Mathieu Martiniere, auteur de plusieurs reportages à Vaulx-en-Velin, pour documenter l’ingéniosité d’une cité qui a choisi d’exister dans l’adversité.

 Rassemblement Contre la construction du Barage de Sivens dans le Tarn. Octobre 2014.

En vue du Rassembement du 25 octobre 2014 sur le site contesté du barage de Sivens, un collectif d'exploitants agricole de la region ont organisé une transhumance de brebis à travers le departement.

Ils sont Camille. Ils l’étaient bien avant que la France ne devienne - si peu de temps- Charlie. Les Camille, ce sont, parmi d’autres, les résistants du XXIe siècle, les ZADistes, un terme qui vient de faire son entrée dans l’édition 2016 du Petit Robert. Mais quelle histoire cette nouvelle génération d’insurgés tente-t-elle d’écrire? Qui sont-ils? Les lignes de l’engagement libertaire se sont déplacées depuis les luttes ancestrales des années 1870, depuis les luttes aînées des années 1970. Etendards de la ré-occupation des terres par les citoyens, la Commune, puis le Larzac. Aujourd’hui, les ZAD, les Zones à Défendre, en sont les héritières, plus ou moins temporaires, plus ou moins fécondes.  Notre-Dame-des-Landes, Sivens, Roybon, Décines, Allauch ou Agen... depuis 2012 le photographe Romain Etienne arpente ces lieux qui ont remis les enjeux écologiques au cœur du débat en France. A ses images ramenées de périodes d’immersion dans un environnement rétif aux médias, la journaliste Maïté Darnault ajoute des mots. Ensemble, à deux voix, ils composent un récit à la marge de ces existences d’affranchis pour apporter un témoignage volontiers subjectif. 

Generation Zadiste

Romain Etienne / Maïté Darnault /

un air de justice

Hugo Ribes / Daphné Gastaldi /

Chrome VI, nickel, plomb ou amiante... Près de 440 000 tonnes de déchets sidérurgiques sont stockés depuis des décennies dans le crassier d’Imphy, dans la Nièvre (Bourgogne). Depuis 2009, la firme nord-américaine Harsco Minerals s’est chargée de les recycler pour en récupérer des métaux à forte valeur marchande, issus de la fusion d’aciers inoxydables. Mais cette activité dégage des poussières suspectes, chargées de métaux lourds. De nombreux cas de pneumonies inexpliquées et des problèmes de thyroïde ont été répertoriés dans la région, mais aucune mesure n’a jamais été prise pour protéger la population. Pour briser l’omerta, le collectif de riverains Stop Pollutions a décidé de lancer une procédure juridique. Une class action («recours collectif»)à la française. La bataille contre un groupe américain côté en bourse s’annonce longue et inégale, même si le collectif s’est trouvé des alliés : Maître François Lafforgue, un grand avocat spécialiste des victimes de l’amiante et des phyto-victimes et Citizencase, une plateforme de financement participatif pour un meilleur accès à la justice. Après avoir travaillé sur le cas des verriers de Givors poly-exposés à des produits cancérigènes, le photographe Hugo Ribes et la journaliste Daphné Gastaldi s’associent à nouveau pour suivre, cette fois, l’histoire d’une résistance citoyenne contre des pollueurs silencieux: les métaux lourds.

 

Justes solidaires

Bertrand Gaudillère / Catherine Monnet /

Alors que les pays européens s’avèrent incapables de répondre conjointement à un exode sans précédent de populations fuyant la guerre ou la misère, une autre forme de solidarité émerge en France. Elle dépasse le cadre habituel des associations et des collectifs d’entraide. Elle touche différentes classes d’âge, différentes catégories sociales ou professions et toutes les religions. Faisant fi des préjugés et des peurs véhiculées sur les étrangers, de plus en plus d’anonymes tendent la main aux milliers de réfugiés livrés à eux-mêmes. De Menton à Calais, en passant par Lyon et le nord de Paris, le photographe Bertrand Gaudillère et la journaliste Catherine Monnet proposent de découvrir les visages, les histoires et l’engagement de ces citoyens français ordinaires et solidaires, devenus acteurs d’une des plus graves crises humanitaires et politiques du début du XXIème siècle. 

 

Un salarié, une voix

Franck Boutonnet /

Eux aussi un jour se sont dits « on vaut mieux que ça » et se sont mobilisés... Au XIXème siècle, les ouvriers luttaient pour améliorer leurs conditions de travail. Aujourd’hui, pour un nombre croissant de salariés, résister signifie se battre pour empêcher la fermeture programmée d’une usine et palier à l’absence de repreneurs ou de liquidité. Par leur volonté de rester maîtres de leurs outils de production et de leurs conditions de travail, les salariés font naitre de nouveaux projets entrepreneuriaux : SCOP, SCIC, souscription citoyenne... à chaque situation, à chaque lutte, sa solution innovante. C’est ce refus d’une forme de fatalité et ces réponses qui ne sont que le début d’un nouveau combat à l’issue incertaine, que Franck Boutonnet a choisi de documenter. Au-delà des luttes sociales classiques, ce travail photographique, aussi humaniste qu’esthétique, examine le résultat d’expériences diverses qui ont en commun de vouloir replacer l’humain et la gouvernance démocratique au cœur du système de production. 

The new frenchman

Jeremy Suyker /

Comment répondre à l’effroi et à la colère provoqués par les attentats de Paris autrement que par la haine et la rancœur ? « L’humour, c’est l’affirmation de la supériorité de l’homme sur ce qui lui arrive » disait Romain Gary. Et il est vrai qu’une résistance spontanée et collective, où l’intelligence et l’humour ont été érigés en rempart face à la barbarie, s’est exprimée dans les rues et sur les réseaux sociaux aux lendemains des attaques contre Charlie Hebdo  et du 13 novembre 2015. Réaffirmant ainsi les fondements d’une identité française en berne.  Dans cet esprit et inspiré par The Frenchman, une série de portraits réalisée par Philippe Halsman qui abordait de manière facétieuse la question de l’identité française à la fin des années 40, le photographe Jeremy Suyker propose de revisiter ce concept en posant des questions qui interrogent notre société actuelle : Qui est le « Français » d’aujourd’hui ? A quoi ressemble-t-il ? Comment pense-t-il? Comment résiste-t-il ? Sous la forme d’une interview photographique amusée, The New Frenchman dresse avec humour et originalité le portrait d’une nation singulière et universelle, réunie sous les traits d’un visage aussi sensible que drôle, celui de l'humoriste Sophia Aram. 

 

contact

 

Catherine Monnet /
Journaliste & responsable
éditoriale du projet Rexistance
catherine.monnet@alterviews.fr
+ 33 7 60 45 92 44

Mika Sato
Chargée de projet
mika.sato@collectifitem.com
+ 33 4 78 72 18 40
+ 33 7 60 72 39 14