Marche ou Rêve / Projet collectif

 Marche festive entre Douai et Lille. Marche solidaire organisée par l'auberge des migrants.

L’histoire des collectifs de sans-papiers est marquée par des actions de terrain. La plus connue d’entre elles est sans doute l’occupation de l’église Saint-Bernard, dans le 18e arrondissement de Paris, entre le 28 juin et le 23 août 1996. Elle marque un tournant car, pour la première fois, la lumière est faite sur le parcours de ces sans-droits, sans-travail, sans-logis. Pendant les deux mois que dure l’occupation, les habitants du quartier s’organisent pour apporter leur soutien. Un réseau de solidarité se met progressivement en place. Mais de cette histoire, il restera surtout l’image de gendarmes enfonçant la porte de l’église à coups de hache. Les paroles du père Henri Coindé, qui lit I Have a Dream de Martin Luther King, n’auront aucun effet sur la main de l’État qui procède, méthodiquement, à l’évacuation des 210 occupants. Malgré une fin amère, c’est néanmoins le début d’une forme de reconnaissance. Ces hommes et femmes, jusqu’ici appelés « clandestins », se proclament alors « sans-papiers » et se fédèrent en collectifs. Pourtant, des papiers, il ne leur en manque pas. Une ironie dénoncée par la Coordination des sans-papiers de Paris (CSP75). Ce groupe n’en est pas à sa première action de terrain. Fondé en 2002, il se donne pour mission d’attirer l’attention « sur la question politique et sociale des sans-papiers et plus largement des migrants », et n’hésite pas à prendre des risques pour porter haut ses revendications.
Au lendemain de l’arrivée de la Marche à Calais, un petit groupe détaché s’embarque pour l’Angleterre. Leur action est symbolique : ils veulent traverser une frontière fermée et rejoindre Londres pour une ultime prise de parole en public. Les membres de la CSP75 souhaitent faire le voyage avec eux. Ils connaissent évidemment les risques que comporte cette décision. Ensemble, ils passent la douane française, mais les sans-papiers sont retenus par les douaniers anglais. Conduits à la police des frontières de Calais, ils sont ensuite placés en rétention. Une bataille juridique s’engage pour les faire sortir. Bataille qui se soldera par une victoire, 20 jours plus tard. Cet épisode constitue la première arrestation de membres de la CSP75 lors d’une manifestation. Elle a jeté une ombre sur la fin de la Marche, qui se voulait être une fête, sans pour autant la gâcher. Bien au contraire.