The house / Mae Sot

Mae Sot, sur les bords de la rivière Mo Ei, frontière naturelle entre les deux pays, est aussi leur principal poste frontière, sur l’autoroute reliant Bangkok et Rangoon. 

Cette ville de 120 000 habitants offre de nombreux points de passages quotidiens pour les marchandises comme les personnes.Surnommée Little Burma, elle abrite plusieurs dizaines de milliers de Birmans. Manne pour l’économie du royaume, les migrants constituent une main d’œuvre corvéable dont tirent profit l’industrie, le tourisme, ou encore le marché du sexe. La plupart des travailleurs clandestins sont ignorants de leurs droits et sont discriminés et maltraités en toute impunité. Little Burma est aussi connue pour être un carrefour de la prostitution et des trafics liés au marché du sexe. 

En 2006, la Thaïlande comptait environ 40000 prostituées originaires de Birmanie et, les ONG estiment que leur nombre atteindra la moitié des travailleuses du sexe en Thaïlande d’ici 2016.L’étendue de la prostitution en Thaïlande est dure à estimer mais les 0NG l’estiment entre 200 000 et 300 000 personnes. 

Ces quelques chiffres m’ont donné envie de creuser ces histoires d’exploitation des femmes birmanes. Après quelques semaines à Mae Sot en 2013, mon « fixer » m’a parlé d’une femme qui était devenue maquerelle après l’emprisonnement de son mari. Elle avait repris son business avec une dizaine de filles dans une maison. Je n’ai pas pu m’y rendre la première année. Mais quand j’y suis retourné en 2014, à force de discussion, la porte de la maison m’a été ouverte. 

Étonnamment, mis à part ma première visite lors de laquelle la maquerelle m’a accompagnée, j’étais libre d’aller et venir seul dans la maison sans problème. Sous condition bien sûr que les filles qui y vivaient acceptent ma présence. L’enfermement de ces jeunes femmes, au­ delà de la honte de se prostituer, est aussi physique avec des horaires de travail imposés qui couvrent la majeure partie des journées et des consignes d’éviter de se montrer à l’extérieur de ces lieux clos afin d’éviter la police. 

Quant à la maquerelle, Hnin Hnin, birmane également, elle entretenait des relations parfois amicales avec les filles, allait faire des courses, leur achetait des médicaments si besoin. Dans ces zones Mr ou Mme tout­le­monde peut se transformer en trafiquant, par opportunité ou par appât du gain.