Les Chagos face à l’injustice

Cinquante ans. 

Cinquante longues années que les habitants originaires de l’archipel des Chagos ont vu leurs vies basculer. Alors dépendance de l’île Maurice, colonie anglaise à l’époque, les Chagos sont devenues Territoire Britannique de l’Océan Indien (BIOT) depuis 1965, « louées » dans la foulée aux Etats Unis afin d’y créer une importante base militaire. La condition du bail entre les Etats Unis et la Grande Bretagne était simple : ce territoire devait être vidé de ses habitants. Les Chagossiens n’ont rien vu venir. La déportation s’effectuera de 1965 à 1973. Depuis aucun d’entre eux n’a pu revivre sur son île.

Cinquante ans, loin de leur maison, de leurs ancêtres, de leur histoire. Loin d’eux même, ils vivent, survivent, repliés dans des quartier de Port Louis à Maurice, comme des parias, des « chiens » et continuent à se battre pour retrouver leur terre d’origine. 

Cinquante ans qu’ils continuent de se battre, d’espérer un retour sur leur île. Sur ce petit bout de l’indien. Ces confettis d’îles paradisiaques à quelques encablures au sud des Maldives. A des milliers de kilomètres de l’île Maurice. Loin, très loin de leur triste sort actuel.
Deux mouvements luttent dans ce sens sur l’île Maurice. Tous deux animés par des personnages hauts en couleurs : Olivier Bancoult dirige le Chagos Refugee group, Fernand Mandarin le Comité Social des Chagossiens.  Deux discours qui, s’ils ne diffèrent pas sur le fond, diffèrent sur la forme d’un retour aux Chagos.
Fernand Mandarin ne veut plus de rapports avec l’ile Maurice, « on aura des passeports britanniques ! Et nous serons Chagossiens ! Les gens nous appellent ilois … ça veut dire quoi ilois ? Nous sommes Chagossiens ! »
Sa lutte est simple : droit de retour et être considéré comme un peuple à part entière.
« En 1983, les mauriciens nous ont donné une compensation ridicule en échange d’une signature. Pour renoncer à notre droit de retourner aux Chagos. Mais on ne savait pas ce qu’on signait. On ne savait pas ! »
Fernand Mandarin en veut au gouvernement mauricien.
« Je suis arrivé en 1966 à l’île Maurice. J’avais 23 ans. Il n’y avait plus rien aux Chagos, plus nourriture, plus vêtements, plus rien. Donc on est venus à Maurice pour acheter équipement la pêche, tout. Après plus de bateau pour aller aux Chagos ! On allait au bureau : non monsieur Mandarin, plus de bateaux pour les Chagos. »
Entre temps, l’île Maurice avait vendu l’île des Chagos aux Anglais, en échange de son indépendance de la figure tutélaire britannique.
« Chaque année, lors de la fête de l’indépendance, c’est comme un coup de poignard pour les Chagossiens. Jamais il n’y a un mot pour nous ! Jamais. »
Cette année les choses peuvent basculer. La folle marche du monde peut s’inverser. Cette année le bail entre l’Angleterre et les Etats Unis prend fin. Il y a une faille. Infime. Mais cette faille existe. Et les Chagossiens tentent de s’y engouffrer. Leur dernière chance.

Olivier Bancoult, trônant dans son QG de Pointe aux sables, en est persuadé. « Nous avons déjà obtenu de nombreuses victoires par le passé. Cette fois il y a une vraie possibilité. »
Sous les yeux peints des premières combattantes, Charlesia Alexis et Lisette Talatte, qui remplissent les murs au milieu des articles de presse de leur éternel combat, Olivier Bancoult nous montre l’état des îles Chagos aujourd’hui : Perros Banhos, Salomon, Diego Garcia, l’île transformée en base militaire.. « Les Américains ont construit une piste d’atterrissage pour leur B-52. A cet endroit il y avait les tombes de nos ancêtres… »
Le 22 juin de cette année, à Londres, devant la Cour Suprême, Olivier Bancoult se fera encore le porte-voix des Chagossiens. Il tentera de faire valoir l’iniquité du parc marin américain dans la zone des Chagos ainsi que leurs droits imprescriptibles à vivre dans leur pays.  

                                                                                                    Texte: Hippolyte