Capoeira, retour aux origines

Dans les rues de Kinshasa, capitale de la République Démocratique du Congo, la Capoeira, art martial brésilien, retrouve ses sources ancestrales. Dérivée d’une lutte du royaume Kongo, elle est aujourd’hui enseignée aux enfants de rue par un groupe de jeunes formés en autodidactes par des vidéos regardées sur internet. Un concept qui a séduit jusqu’aux plus grandes organisations humanitaires.

La légende raconte que cette discipline mélangeant lutte, acrobatie, danse et musique naquit au Brésil à l'époque de la traite négrière. Les esclaves déportés du royaume Kongo avaient pour coutume de pratiquer la Libanda, une lutte traditionnelle qui fut très vite proscrite par les colons pour prévenir tout risque de soulèvement. Alors les esclaves donnèrent une apparence de danse folklorique à la Libanda pour continuer à la pratiquer à l’insu de leurs maîtres.

Depuis quelques années, la Capoeira retourne à ses origines et se pratique dans les rues de Kinshasa. Ce mouvement de retour fut initié il y a quelques années par un groupe de jeunes, parmi lesquels Yannick N'Salambo de Wouters, un informaticien passionné d'art martiaux. Suite à une visite dans la capitale d'un maître de Capoeira brésilien, ceux-ci ont continué à apprendre en autodidactes les mouvements et rythmes en imitant des vidéos de Youtube, grâce à l’accès à internet dont bénéficiait Yannick. Peu de temps après, pour partager leur savoir et leur passion, ils commencèrent à organiser des cours gratuits dans différents quartiers de la ville. Cette nouvelle activité a vite attiré un grand nombre de shégués, d'orphelins ou de jeunes issus de familles pauvres qui ont découvert bien plus qu’un sport ; la capoeira leur transmet des valeurs fondamentales telles que le respect, l’écoute, le partage ou la maîtrise de soi.

Les résultats positifs de ces cours ne sont pas restés sans écho. Aujourd'hui, différents programmes existent à travers le pays. Les aspects réconciliants de cette discipline ont participé au développement de cours de Capoeira dans la région instable de Goma, à l’Est du pays, dans le cadre de projets de réinsertion d'ex-enfants soldats mais également dans différents camps de réfugiés à l'Ouest du pays.

Avant tout, il est question de rencontres, d'échange au sein d'un groupe, d'une grande famille où chacun à son tour peut démontrer ses capacités et son talent, et être reconnu par les autres. Des valeurs et des liens nouveaux pour beaucoup de ces jeunes dont la Capoeira a changé la vie, leur donnant fierté et espoir qu'ils pourront devenir quelqu'un et trouver leur place dans leur pays.