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Sur la condition de l'avortement en Pologne.

La Pologne, un pays avec une influence très puissante de l'église catholique, a l'une des législations les plus restrictives en Europe en matière d’avortement. Théoriquement, la procédure est légalement autorisée dans trois cas critiques, lorsque la santé de la mère est en danger, en cas de viol ou d'inceste et en cas de pathologie fœtale grave.

Concrètement, l'accès à l'avortement reste un véritable problème. Dans certaines régions, tous les médecins et les hôpitaux se cachent derrière leur clause de conscience et refusent d’effectuer l’intervention. En dirigeant les femmes d'un endroit à un autre, ils prolongent intentionnellement les procédures jusqu'à 12 ou 23 semaines de grossesse (en cas de malformation fœtale irrémédiable), la limite après laquelle l'avortement n'est plus autorisé. Parfois, ils cachent même le développement réel du fœtus afin que la mère ne prenne pas la décision d'avorter.

Les discussions sur la limitation ou la libéralisation de la loi en question sont relancées à plusieurs reprises en Pologne, mais jamais avant 2016 l'échelle n'a été aussi grande. Face à un gouvernement extrêmement conservateur et au rôle croissant de l'épiscopat de l'Église catholique en Pologne, les marches et les manifestations organisées dans le pays ont rassemblé plus de 100 000 personnes, de tous horizons, qui, vêtues de noir, sont venues manifester contre un projet de loi interdisant totalement l'avortement. Bien que le projet ait été rejeté, depuis janvier 2018, un nouveau projet visant à restreindre l'avortement en cas d'anomalie mortelle, qui représente actuellement 95% des procédures légales effectuées en Pologne, est toujours en cours au Parlement.

Le problème est loin d'être résolu. Le nombre d'avortements légaux en Pologne varie de 600 à 1000, mais le CEBOS (Centre de recherche sur l'opinion publique) et les organisations féministes comme la Fédération pour les femmes et la planification familiale estiment le nombre réel d’avortements entre 100 000 et 150 000 par an, y compris les avortement clandestins et pharmacologiques et le "tourisme" vers des cliniques en Slovaquie, en République Tchèque ou en Allemagne. Depuis l'ouverture de la zone Schengen, plusieurs associations et cliniques offrent des services de transport, d'hébergement et de traduction en polonais. Cette solution, la plus sûre, est néanmoins réservée aux femmes fortunées. D'autres, dans des conditions plus précaires, se voient contraintes de commander des pilules abortives sur Internet ou de prendre des médicaments contre l'arthrite ou les ulcères d'estomac qui provoquent des fausses couches.

L'avortement pour des raisons économiques ou sociales a été autorisé dans le pays jusqu'en 1993, date à laquelle la politique actuelle a été introduite. Aujourd'hui, même si depuis 2016 davantage de Polonais sont favorables à la libéralisation, la majorité choisit toujours le statu quo existant. Dans le même temps, l'accès aux contraceptifs est coûteux, la pilule du lendemain n'est disponible que sur ordonnance, les gynécologues ont le droit de signer une clause de conscience qui les autorise à ne pas prescrire ces traitements et l'éducation sexuelle dans les écoles est pratiquement inexistante.

Certains noms et lieux du reportage ont été modifiés.