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L’Immeuble Mosaïque de Saint-Ouen surplombe le stade Bauer, offrant une vue imprenable sur les matches du Red Star. Pour ses habitants, le club fait partie de la maison. Saint-Ouen, 14h50. Au dessus du stade Bauer où les supporters enchaînent déjà slogans et chansons, les spectateurs qui habitent l’immeuble Mosaïque se préparent aussi. Ce bâtiment de logements sociaux aux allures de pyramide surplombe le stade de ses 12 étages. Séparé de Bauer par un simple grillage, il est parfois surnommé « la quatrième tribune ». Terrasses et fenêtres donnant sur le nord permettent d’assister aux matches du Red Star qui évolue en National. Sylvie Rouquet, 47 ans, est une véritable aficionada. Elle a déjà enfilé son survêtement aux couleurs vertes du club. « C’est le modèle de 1992 ou 1993 », explique-t-elle. Elle porte aussi une des écharpes de sa collection.

Sylvie est prête pour s’égosiller pendant une heure et demie. « Pendant la première mi-temps, tu échauffes ta voix », s’amuse Jérôme Lequen, son compagnon depuis plus de vingt-cinq ans. Plus jeunes, ils se rendaient fréquemment au stade. « Quand j’étais au lycée, nous avions sport dans le stade où les joueurs du Red Star s’entraînaient, je les connaissais tous. Alors, souvent, ils nous faisaient rentrer à l’oeil », se souvient-t-elle. Jérôme, souffrant de problèmes d’auditions, ne peut plus aller dans les tribunes à cause du bruit. « C’est notre passion commune, je ne vais pas aller au stade sans lui ! », s’exclame-t-elle. Le Red Star, c’est une affaire de famille. Avant elle, son grandpère et sa mère supportaient le club à l’étoile rouge.

Si Sylvie fait presque partie des murs - elle habite dans le bâtiment depuis 1979-, des habitants plus récents reprennent le flambeau. Depuis deux ans que sa famille s’est installée dans l’immeuble, Jaëlyne Chipan, 11 ans, est aussi fidèle au rendez-vous. Aujourd’hui, la collégienne va pouvoir profiter du match avec sa soeur rentrée pour le week-end. Wedleyne, 19 ans, est en première année de médecine à Poitiers. Aucune des deux ne pratique le foot, mais elles le regardent beaucoup. À la télé mais aussi de leurs fenêtres. « J’aime bien regarder les moins de 17 ans ou les matches des filles », explique Jaëlyne. Un jour, elles rêvent de voir enfin un match depuis les tribunes. « D’ici c’est gratuit, vous êtes au chaud et dès que vous voulez quelque chose, vous pouvez aller le chercher », s’amuse Carole, leur mère, assistante sociale à l’Éducation nationale. « Mais ce n’est pas pareil ! Ici, on n’a pas l’ambiance ! » protestent en choeur les deux soeurs qui se souviennent, les yeux brillants, des batucadas qui ont animé certaines rencontres.

Sur la terrasse de l’étage du dessous, la ferveur est la même. Appuyés contre le mur, David Bananier, 44 ans, et Sidi Berte, 41 ans, commentent le match. « Il y a plus d’ambiance dans les tribunes que d’actions sur le terrain », s’amusent-ils. Un troisième copain les rejoint un moment. Quand les beaux jours vont arriver, nul doute que les barbecues-matches vont se succéder. Pour les deux hommes, le Red Star, c’est une longue histoire. Sidi y a joué de 6 à 18 ans avant de voler vers d’autres clubs amateurs, tandis que le fils de David, âgé de 14 ans, est inscrit en sport-études au collège voisin et s’y entraine. Le père, lui, joue sur le terrain du stade Bauer tous les samedis avec son club, l’Électricité de Paris.

Des matches du Red Star, tous deux en ont vu beaucoup. « Quand j’étais ado, il m’est arrivé d’en regarder par-dessus le petit muret du stade. Ça ne durait jamais longtemps. Les vigiles arrivaient vite mais on grattait quelques minutes ! » rigole David. Sidi se souvient des années 1990 où le Red Star évoluait en L2. « J’y allais tous les samedis », se rappelle-t-il. Sidi a emménagé il y a à peine un mois dans l’immeuble. « Avec le Red Star, la boucle est bouclée ! » Tous deux ont mal vécu la période où le club avait été obligé d’aller s’exiler à Beauvais ou au stade Jean-Bouin. « Ce n’est pas qu’une question de kilomètres. Le Red Star, c’est Bauer ! ».

Texte de Mélanie Mermoz