Sortie du livre Langlet-santy - la permanence photographique - 18 juin à la galerie item
C’est dans le cadre d’un appel à résidence au coeur du quartier Langlet Santy à Lyon que nous imaginons la permanence photographique. Sur le papier, l’idée est aussi simple qu’audacieuse. Ouvrir sur place un lieu dédié à la photographie documentaire que nous ferons vivre avec les habitant.e.s pendant les trois années que dureront le renouvellement urbain.
De cette expérience nous revenons avec des documents, des archives pour demain, un bout de mémoire, une trace d’aujourd’hui’, mais surtout avec le souvenir d’une aventure autant humaine que photographique. L’image a permis de fédérer des énergies, d’inventer des rencontres, d’imaginer des possibles, de fabriquer des morceaux de rêves ou de construire des ponts et parfois de faire tomber des murs. C’était foisonnant, stimulant souvent, fatiguant parfois, mais surtout marquant, individuellement et collectivement. Ce que nous avons construit là bas nous rappelle la nécessité d’amener la photographie dans d’autres lieux que ceux pensés pour la recevoir, nous invite à imaginer d’autres horizons, pour élargir nos terrains de jeux, et nous oblige à rendre compte, à partager un petit peu de la réalité que nous avons vécue avec celles et ceux qui font le quartier Langlet-Santy. Les habitantes et habitants, le tissu associatif, les institutions et nos partenaires.
Le travail que nous proposons aujourd’hui, sur nos murs ou dans les pages du livre qui l’accompagne, restitue de manière non exhaustive, lacunaire et aléatoire, mais néanmoins généreuse l’expérience que nous avons traversé. C’est un petit bout d’une histoire qui continue de s’écrire après la fermeture de la permanence photographique et la disparition de la barre dans laquelle elle était installée. Un récit chorale porté par les voix de celles et ceux qui l’écrivent, avec des mots ou des images pour témoigner d’une autre réalité que celle trop souvent rapportée par des médias présents exclusivement dans les moments de crises ou de tensions.
Ceux qui font des images spéculaires et des phrases choc qui éclipsent alors la banalité du quotidien qui berce pourtant le quartier la plupart du temps. C’est ce dernier que nous avons documenté, celui qui ne fait ni bruit ni gros titres, loin des Unes tapageuses, celui qui dit la difficulté quotidienne autour de l’emploi, du logement, ou de la scolarité, autour du pouvoir d’achat, de la vieillesse, ou de la disparition des services publics. Celui de la débrouille et de la solidarité aussi, de l’inventivité, de la créativité et des sourires. Ce quotidien que vit bon nombre de citoyen.nne.s considéré.e.s seulement comme un électorat à conquérir ou comme un problème à régler.
Investir ces questions, et ces quartiers, raconter ce que nous y avons vécu et ce qui s’y est passé le temps de notre passage, c’est tenter à notre niveau de contrebalancer des discours simplistes et trop répandus autour de l’immigration, de l’insécurité et de la délinquance. Nous ne nions pas les problématiques propres au territoire, mais n’oublions pas non plus la phrase de H.L. Menken : “Pour tout problème complexe, il existe une solution qui est claire, simple et fausse” … et donc illusoire !
