Quatre ans après la révolution pacifique qui, en 2019, avait mené à la chute du dictateur Omar Al-Bachir et entrouvert une fenêtre d’espoir, le Soudan a implosé. Depuis le 15 avril 2023, le pays se déchire et s’enfonce dans une guerre totale. Les combats entre l’armée régulière et la milice des Forces de soutien rapide ont déjà fait plus de 150 000 morts, déplacé un tiers des 44 millions de Soudanais et plongé le pays dans la plus grave crise humanitaire au monde, précipitant plus de la moitié de la population au bord de la famine.
Débuté à Khartoum, le conflit se métastase à toutes les régions et les communautés du pays, renforcé par les discours de haine ethnique, l’afflux de mercenaires étrangers et d’armements sophistiqués, sur fond d’ingérences internationales et de compétition géopolitique pour les ressources du pays. Jour après jour, le Soudan se fracture le long d’une ligne de front mouvante qui divise le territoire d’est en ouest. Quatorze ans après la douloureuse sécession du Soudan du Sud en 2011, le pays est proche d’une nouvelle partition induite par la proclamation de facto de deux gouvernements opposés.
Au "nouveau Soudan", uni, multiethnique et démocratique, prôné par des millions de manifestants, les deux généraux putschistes – qui se sont emparés du pouvoir en 2021 mettant fin à la transition démocratique – ont préféré la guerre, plantant le dernier clou dans le cercueil de la révolution. À mesure que le conflit s’enlise, la société se polarise. Les voix révolutionnaires et pacifiques sont assourdies par les balles et souvent forcées à l’exil. À travers les regards croisés d’artistes et de photographes soudanais et internationaux, cette exposition revient sur la soudaine déflagration du Soudan et la bascule de l’euphorie à la dévastation.
Eliott Brachet
