Nouadhibou est la ville où l’on s’arrête. Capitale économique de la Mauritanie, des milliers de migrants y arrivent chaque année avec leurs rêves, mais beaucoup s’y échouent. Certains tentent la route du désert, slalomant entre les postes de contrôle, les groupes armés et les mines anti-personnelles. D’autres tentent la route de l’Atlantique, en se pressant dans des pirogues, direction les Canaries, à trois jours de traversée. Les naufrages sont nombreux, 40 % des embarcations ne verront jamais Las Palmas.
Faute de moyen et de perspective de départ, ces jeunes restent souvent coincés dans cette ville poussiéreuse, empreinte d’une constante odeur de poisson. Ce sont eux, aujourd’hui, qui font marcher l’économie locale, en s’installant à contrecœur dans cette capitale économique, à la recherche d’un travail. Ils mettent leur rêve en attente.
Je suis allée à la rencontre de ces jeunes Sénégalais, Guinéens, Ivoiriens, Camerounais et Congolais qui prennent la route et se pressent à Nouadhibou, pour narrer leur nécessité de partir et leur force de résistance dans ce pays de transit.
*Extrait du livre Terre des Hommes d’Antoine Saint-Exupéry qui plane sur la Mauritanie
La migration - notamment la nécessité de partir et la force de résistance des exilés dans les pays de départ et de transit - est le fil conducteur de l’ensemble de mon travail photographique.
En 2022 je me suis rendue à Nouadhibou, ville poussiéreuse sur laquelle flotte une entêtante odeur de poisson. J’y ai rencontré de jeunes Sénégalais, Guinéens, Ivoiriens, Camerounais et Congolais qui, tous, se pressent à l’extrême nord du pays dans cette ville au carrefour des routes migratoires, entre le Maroc au nord et les îles Canaries au large. A l’occasion de ce premier reportage en Mauritanie j’ai pu observer que la pêche et la migration sont étroitement liées sur ce territoire. C’est cette interaction que je souhaite documenter en retournant à Nouadhibou.
Les routes maritimes de migration sont en train de migrer elles-mêmes. Désertant les tristement célèbres îles de Lampedusa, Ceuta et Melilla, les migrants se dirigent désormais vers les côtes mauritaniennes, sénégalaises, gambiennes ou bissau-guinéennes. La Politique Commune des Pêches (PCP) de l’Union Européenne est au cœur de ces changements de routes migratoires. En effet, les accords de pêche bilatéraux inclus dans cette politique européenne permettent à l'UE de payer des sommes importantes pour convaincre les pays étrangers d'ouvrir leur Zone Économique Exclusive aux bateaux européens. Ne pouvant plus faire face à la surexploitation de leurs eaux par des chalutiers étrangers, de nombreux pêcheurs locaux se retrouvent sans emploi. Or l’économie locale repose majoritairement sur la pêche et le marché de l’emploi n’offre que peu d’alternatives. Pour ces pêcheurs, rallier les côtes espagnoles devient alors l’unique solution. “Barça o barsaax” - partir ou mourir en wolof- est le mot d’ordre des migrants sénégalais.
Capitale économique de la Mauritanie, Nouadhibou est une ville où l’on s’arrête. C’est dans cette métropole de 300 000 habitants que, trop souvent, les rêves échouent. Tous les ans, des milliers de jeunes migrants d’Afrique subsaharienne y débarquent, dans l’espoir de rejoindre l’Europe. Au nord, le Sahara marocain et à l’ouest, à 700 kilomètres au large, les îles Canaries. Certains tentent la route du désert, très contrôlée et parsemée de mines anti-personnelles tandis que d’autres se risquent à prendre le large en pirogues, itinéraire plus rapide - 3 jours de traversée - et donc plus coûteux. C’est également l’itinéraire le plus dangereux. Faute de moyens et donc de perspective de départ, ces jeunes restent souvent coincés dans cette ville poussiéreuse sur laquelle flotte une entêtante odeur de poisson. En s’installant à contrecœur dans cette capitale économique, ce sont eux qui font marcher l’économie locale en travaillant en maçonnerie ou dans la pêche.
Dans un contexte de tension concernant les questions migratoires, j''ai souhaité traiter ce sujet d’actualité
à hauteur d’épaule. Narrer les histoires de ces femmes et hommes qui prennent la route, de celles et ceux qu’ils laissent derrière eux ou qu’ils rencontrent en route. Documenter le chemin, les échecs, les arrêts transitoires, les blessures et les reconstructions, l’arrivée et, peut-être, le départ, encore.

