En janvier 2026, je me suis rendu le long de la frontière entre le Tchad et le Soudan, où plus de 30 000 Darfouri ont fui l’un des pires massacres du XXIe siècle, commis par les milices des Forces de soutien rapide dans la ville d’El Fasher le 26 octobre 2025.
Après 560 jours de siège, les milices du général Hemedti s’engouffrent dans la ville d’El Fasher, tuant, violant et pillant tout sur leur passage. Les images satellites, montrant des mares de sang visibles depuis l’espace, ont choqué le monde. Selon une estimation du laboratoire humanitaire de l’université Yale, basée sur l’analyse d’images satellites, jusqu’à 60 000 personnes pourraient avoir été tuées en l’espace de quelques jours. Depuis, un flot incessant de réfugiés soudanais continue d’arriver à la frontière tchadienne, devenue une ligne de vie vers laquelle plus de 900 000 Soudanais ont trouvé refuge depuis le début de la guerre, le 15 avril 2023.
Dans le camp de réfugiés d’Oure Cassoni et dans la ville frontalière de Tine, principaux lieux où les rescapés d’El Fasher sont arrivés, pas une personne n’a été épargnée par les violences commises lors de la prise de la ville. Les femmes sont particulièrement visées par ces violences. Entre janvier 2024 et novembre 2025, au moins 3 396 survivants de violences sexuelles — dont 97 % de femmes et de filles — ont été pris en charge dans des structures soutenues par MSF dans le nord et le sud du Darfour, selon l’organisation. Un chiffre largement en dessous de la réalité selon l’ONG.
Depuis cette tragédie, la guerre ne s’est pourtant pas tue au Darfour. Les combattants des Forces de soutien rapide, issus majoritairement de communautés arabes du Darfour et du Tchad, imposent une terreur absolue contre les populations non arabes. Des villages continuent d’être brûlés dans les derniers territoires qui résistent à leur contrôle. Une fois arrivés en sécurité au Tchad, les réfugiés sont xconfrontés à des conditions de vie extrêmement difficiles. Dans le camp d’Oure Cassoni, 12 000 personnes dormaient encore sous des arbres fin janvier 2026, sans nourriture et avec un accès très limité à l’eau.
Pour certains, cet exil dure depuis plus de vingt ans, depuis le génocide de 2003. Des générations entières ont grandi dans ces camps, privées de toute perspective. Aujourd’hui, l’histoire se répète, et une nouvelle génération est à son tour jetée sur les routes de l’exil. Quel sera l’avenir pour ces milliers de jeunes qui ne reverront sans doute jamais le Darfour ?

