IL ÉTAIT UNE FOIS… L’EDEN / CCFD

Au sud de l’Irak, les deux grands fleuves, le Tigre et l’Euphrate forment un delta gigantesque à l’écosystème unique : les marais irakiens. Ici, dit-on, se situait le Jardin d’Eden. Ici se sont épanouis les premières civilisations écrites de l’Histoire. 

De ce passé mythique, il reste les ruines des premières villes et un peuple, les Arabes des Marais, qui vivent au milieu de l’eau, de leurs buffles, de la pêche et de la cueillette des roseaux.

Mais cet écosystème, fragile, est menacé. Les habitants craignent d’être contraints de se déplacer une nouvelle fois, comme ils ont dû le faire pendant la longue guerre entre l’Irak de Saddam Hussein et l’Iran de l’imam Khomeiny.

Aujourd’hui, ce ne sont pas les armes qui les menacent, mais des phénomènes sans doute irrémédiables liés à la fois au réchauffement climatique et à l’incurie humaine : raréfaction des précipitations en amont du Tigre et de l’Euphrate, dans les montagnes turques, iraniennes et kurdes irakiennes, sécheresses de plus en plus longues, surexploitation et gaspillage de l’eau en agriculture comme dans les villes, pollution et salinisation des sols et des eaux. Si rien n’est fait, l’ancien jardin d’Eden pourrait bien se transformer en désert. 

Une partie de la jeunesse irakienne a lancé une campagne de sensibilisation, « Sauvez le Tigre et les marais irakiens », et tente à tout prix de le préserver. Huda, Salman et Lidia sont les activistes que j’ai rencontrés et qui m’ont accompagné dans cette investigation. « Un autre Irak est possible », proclament-ils : plus qu’un slogan, une véritable profession de foi.