GIBELLINA, UNE NOUVELLE VIE /IDEAT
Nommée « Capitale italienne de l’art contemporain 2026 », Gibellina, petite bourgade de l’ouest de la Sicile, a été détruite à 90 % lors du tremblement de terre de 1968.
Dans les années 1970-1980, elle tente de se reconstruire à travers un vaste programme de sculptures publiques et de land art. Un projet pharaonique qui n’a pas tenu ses promesses.
Déplacée et reconstruite vingt kilomètres plus loin sous le nom de Gibellina Nuova, la ville devient le terrain d’une utopie artistique et architecturale portée par le maire Ludovico Corrao, qui fait appel aux grands noms de l’art et de l’architecture italiens pour transformer la reconstruction en laboratoire à ciel ouvert.
Mais cette ville nouvelle, pensée à grande échelle, peine à trouver son équilibre. Les espaces immenses, les formes monumentales et le silence urbain composent un paysage singulier, parfois déserté, où la modernité semble suspendue.
Aujourd’hui, Gibellina vit entre mémoire et renaissance. Le village originel reste une cicatrice visible, tandis que la ville nouvelle se réactive autour de projets culturels et de sa nomination récente comme capitale de l’art contemporain.
Ce reportage explore cette tension : entre ruine et utopie, effacement et reconstruction, une ville qui n’a jamais cessé de se chercher ;
IL ÉTAIT UNE FOIS… L’EDEN / CCFD
Au sud de l’Irak, les deux grands fleuves, le Tigre et l’Euphrate forment un delta gigantesque à l’écosystème unique : les marais irakiens. Ici, dit-on, se situait le Jardin d’Eden. Ici se sont épanouis les premières civilisations écrites de l’Histoire.
De ce passé mythique, il reste les ruines des premières villes et un peuple, les Arabes des Marais, qui vivent au milieu de l’eau, de leurs buffles, de la pêche et de la cueillette des roseaux.
Mais cet écosystème, fragile, est menacé. Les habitants craignent d’être contraints de se déplacer une nouvelle fois, comme ils ont dû le faire pendant la longue guerre entre l’Irak de Saddam Hussein et l’Iran de l’imam Khomeiny.
Aujourd’hui, ce ne sont pas les armes qui les menacent, mais des phénomènes sans doute irrémédiables liés à la fois au réchauffement climatique et à l’incurie humaine : raréfaction des précipitations en amont du Tigre et de l’Euphrate, dans les montagnes turques, iraniennes et kurdes irakiennes, sécheresses de plus en plus longues, surexploitation et gaspillage de l’eau en agriculture comme dans les villes, pollution et salinisation des sols et des eaux. Si rien n’est fait, l’ancien jardin d’Eden pourrait bien se transformer en désert.
Une partie de la jeunesse irakienne a lancé une campagne de sensibilisation, « Sauvez le Tigre et les marais irakiens », et tente à tout prix de le préserver. Huda, Salman et Lidia sont les activistes que j’ai rencontrés et qui m’ont accompagné dans cette investigation. « Un autre Irak est possible », proclament-ils : plus qu’un slogan, une véritable profession de foi.
Honneur et Patrie, les demoiselles de la Légion d’honneur / Le Parisien Week-end
Créée en 1805 par Napoléon Ier pour éduquer les orphelines de ses légionnaires, la Maison d’éducation de la Légion d’honneur accueille aujourd’hui des collégiennes et lycéennes issues de familles de décorés de la Légion d’honneur, de l’ordre national du Mérite ou de la médaille militaire.
Je me suis rendu à la Maison d’éducation des Loges, à Saint-Germain-en-Laye, un ancien couvent niché en forêt. Dans ce lieu à part, réservé uniquement aux collégiennes, les élèves évoluent dans un cadre strict : uniforme obligatoire, discipline quotidienne et usage limité du téléphone.
Sur le fronton, la devise « Honneur et Patrie » rappelle l’héritage de l’institution, à l’opposé de celle de la République : « Liberté, Égalité, Fraternité ».
Les élèves travaillent dans le silence, se lèvent à l’entrée d’un adulte et suivent un enseignement exigeant, qui affiche d’excellents résultats au brevet.
En hiver, la vie se déroule entre cours et internat, dans une atmosphère rigoureuse mais structurée.
Chaque année, elles participent à un concert officiel à Saint-Denis, en présence du président de la République, Emmanuel Macron, qui assiste à la représentation en sa qualité de Grand Maître de la Légion d’honneur.
Reportage réalisé pour le Parisien Week-end
Rêve enclavé / Le Parisien Week-end
La route espagnole par les enclaves de Ceuta et Melilla est empruntée depuis les années 1990 par les migrants. Une accélération du phénomène a eu lieu mi-mai 2021 : près de 12 000 personnes, dont une majorité de jeunes hommes marocains, sont arrivées en deux jours à Ceuta. Environ 9 000 migrants ont été expulsés, mais plusieurs centaines errent encore dans les rues de la ville, parmi lesquels de nombreux mineurs isolés — une vague juvénile inédite.
Début juin, je me suis rendu à Ceuta pour témoigner de cette présence diffuse dans la ville. De petits groupes se forment par affinité ou par ordre d’arrivée. Ils s’installent où ils peuvent : dans les interstices des grands blocs de béton le long des plages, sous les ponts du centre-ville, sur la colline où ils montent des campements de fortune, ou encore dans les cours d’immeubles lorsque les habitants le permettent.
Ils passent leurs journées à chercher de quoi manger et à penser au « riski », la manière la plus sûre de réaliser leur rêve : rejoindre le continent.
Le passeport et le téléphone portable, lorsqu’ils n’ont pas été perdus lors de la traversée à la nage, sont leurs biens les plus précieux. Pour le reste, ils manquent de tout.
Reportage réalisé pour Le Parisien Week-end
Madagascar, sous l'extractivisme, communautés en résistance / La Croix + CCFD
L'extractivisme soulève partout les mêmes enjeux : droit à l'eau, accaparement des terres et des ressources, promesses d'emplois qui tiennent rarement leurs promesses face aux intérêts des multinationales.
C'est le cas à Madagascar, où, près de Tuléar, un projet d'extraction d'ilménite porté par l'australienne Base Resources, via sa filiale Base Toliara, suscite une forte opposition des communautés locales — pêcheurs Vezo, agriculteurs Masikoro, chasseurs-cueilleurs Mikea — qui dénoncent des impacts environnementaux, sociaux et fonciers.
« Base Toliara ne va pas s'installer ici, je refuse. Nous sommes déterminés à nous battre jusqu'à la mort, s'il le faut », affirme Jean-Aimé, pêcheur.
Suspendu depuis 2019 après des tensions à Ranobe, le projet reste en attente, alors que le permis court sur quarante ans. Les habitants craignent déforestation, pollution, accaparement des terres et déplacement de villages, beaucoup n'ayant pas de titres de propriété officiels.
Pour les opposants, c'est une question de survie des modes de vie et des écosystèmes, face à des promesses économiques qui se heurtent aux réalités locales.
Liban, les oubliés de la Bekaa / La Vie
Le Sud du Liban où ce reportage a été réalisé a aujourd'hui disparu sous les bombes. La chute du régime Assad en décembre 2024 avait déjà ouvert la voie à des retours massifs en Syrie ; l'offensive israélienne de février 2026 a achevé de bouleverser la région, poussant des dizaines de milliers de réfugiés syriens à repartir en urgence vers un pays qu'ils avaient fui des années plus tôt. Les camps de la Bekaa, les visages photographiés ici, appartiennent aujourd'hui à un Liban qui n'existe plus tout à fait de la même manière.
C'était en 2018. Plus d'un million de Syriens ayant fui la guerre trouvaient alors refuge au Liban, où plus d'un habitant sur quatre était syrien. 40% de ces déplacés s'étaient installés dans la Bekaa, l'une des régions les moins prospères du pays. La Syrie n'était qu'à 10 km, mais le retour restait impossible : risque d'arrestation arbitraire, enrôlement forcé dans l'armée ou prison pour les hommes de 18 à 42 ans revenus au pays.
Au Liban non plus, la vie n'était pas simple. Les campements restaient informels — le gouvernement libanais refusant l'implantation de camps organisés, de peur d'une installation durable. Expulsions, campagnes contre l'embauche des réfugiés : la pression était constante.
C'est dans ce contexte que L'Ordre de Malte avait mis en place, dès 2016, une unité médicale mobile à Kefraya (Bekaa-Ouest). Le docteur Jamal, surnommé « Dr. Smile », sillonnait chaque jour les camps avec son équipe, sauf le vendredi, réservé aux villages libanais. Otites, grippes, fièvres : il recevait 40 patients quotidiens, offrait des médicaments gratuits et assurait un suivi médical pour chacun. Depuis 30 ans, il exerçait avec le même dévouement et le même sourire.
En Mauritanie, le défi de l'autosuffisance alimentaire / CCFD
En Mauritanie, la dépendance alimentaire et le départ de nombreux jeunes vers l’Europe poussent une nouvelle génération à chercher des alternatives. De Nouakchott au sud du pays, des initiatives se développent autour de l’agroécologie, de la formation aux énergies renouvelables et du recyclage.
À Kaédi, Bakary Mangassouba a transformé un terrain aride en une ferme productive de bananiers, manguiers et légumes, choisissant de rester au pays plutôt que de partir clandestinement. Plus au sud, à Sélibabi, des agriculteurs perpétuent les semences paysannes tandis que des coopératives de femmes cultivent des terres autrefois abandonnées. À Nouakchott, de jeunes maraîchers font pousser des fruits et légumes en plein désert et se forment à de nouveaux métiers.
Malgré les difficultés liées à l’accès à la terre, à la sécheresse et au manque de ressources, ces projets dessinent une Mauritanie plus résiliente et offrent à sa jeunesse de nouvelles perspectives d’avenir.
À Madagascar, les femmes cultivent aussi leurs droits /La Croix + CCFD
Ony, Vero, Lilia et Yolande comptent parmi les 550 agricultrices malgaches réunies autour du projet FARM, dédié à promouvoir la solidarité entre les femmes rurales à travers une production agricole durable. Pour ces femmes, l’enjeu n’est pas seulement environnemental : en défendant une agro-écologie plus consciente et plus résiliente, elles espèrent aussi trouver une voie d’émancipation et accéder à la terre.
Dans ce paysage luxuriant de rizières en terrasses, au nord d’Antananarivo, elles cultivent des haricots verts et des petits pois pour les revendre ou les échanger. C’est ici qu’Ony cultive des fraises biologiques sur une terrasse dominant la vallée. « Je les cueille très tôt le matin, puis je prends le bus pour les vendre sur les marchés de la ville, à ceux qui en ont les moyens. Cela me rapporte plus que de vendre les plants, comme je le faisais auparavant. »
Le projet FARM attire des femmes des villes comme des campagnes. En banlieue d’Antananarivo, Vero forme la nouvelle génération aux pratiques agro-écologiques. Parmi elles, Harena n’a que 15 ans, mais un rêve a déjà germé dans son esprit : devenir avocate pour défendre, d’un côté, la nature et, de l’autre, le droit des femmes à posséder la terre qu’elles cultivent.
