Liban, les oubliés de la Bekaa / La Vie

Le Sud du Liban où ce reportage a été réalisé a aujourd'hui disparu sous les bombes. La chute du régime Assad en décembre 2024 avait déjà ouvert la voie à des retours massifs en Syrie ; l'offensive israélienne de février 2026 a achevé de bouleverser la région, poussant des dizaines de milliers de réfugiés syriens à repartir en urgence vers un pays qu'ils avaient fui des années plus tôt. Les camps de la Bekaa, les visages photographiés ici, appartiennent aujourd'hui à un Liban qui n'existe plus tout à fait de la même manière.

C'était en 2018. Plus d'un million de Syriens ayant fui la guerre trouvaient alors refuge au Liban, où plus d'un habitant sur quatre était syrien. 40% de ces déplacés s'étaient installés dans la Bekaa, l'une des régions les moins prospères du pays. La Syrie n'était qu'à 10 km, mais le retour restait impossible : risque d'arrestation arbitraire, enrôlement forcé dans l'armée ou prison pour les hommes de 18 à 42 ans revenus au pays.

Au Liban non plus, la vie n'était pas simple. Les campements restaient informels — le gouvernement libanais refusant l'implantation de camps organisés, de peur d'une installation durable. Expulsions, campagnes contre l'embauche des réfugiés : la pression était constante.

C'est dans ce contexte que L'Ordre de Malte avait mis en place, dès 2016, une unité médicale mobile à Kefraya (Bekaa-Ouest). Le docteur Jamal, surnommé « Dr. Smile », sillonnait chaque jour les camps avec son équipe, sauf le vendredi, réservé aux villages libanais. Otites, grippes, fièvres : il recevait 40 patients quotidiens, offrait des médicaments gratuits et assurait un suivi médical pour chacun. Depuis 30 ans, il exerçait avec le même dévouement et le même sourire.