La route espagnole par les enclaves de Ceuta et Melilla est empruntée depuis les années 1990 par les migrants. Une accélération du phénomène a eu lieu mi-mai 2021 : près de 12 000 personnes, dont une majorité de jeunes hommes marocains, sont arrivées en deux jours à Ceuta. Environ 9 000 migrants ont été expulsés, mais plusieurs centaines errent encore dans les rues de la ville, parmi lesquels de nombreux mineurs isolés — une vague juvénile inédite.
Début juin, je me suis rendu à Ceuta pour témoigner de cette présence diffuse dans la ville. De petits groupes se forment par affinité ou par ordre d’arrivée. Ils s’installent où ils peuvent : dans les interstices des grands blocs de béton le long des plages, sous les ponts du centre-ville, sur la colline où ils montent des campements de fortune, ou encore dans les cours d’immeubles lorsque les habitants le permettent.
Ils passent leurs journées à chercher de quoi manger et à penser au « riski », la manière la plus sûre de réaliser leur rêve : rejoindre le continent.
Le passeport et le téléphone portable, lorsqu’ils n’ont pas été perdus lors de la traversée à la nage, sont leurs biens les plus précieux. Pour le reste, ils manquent de tout.
Reportage réalisé pour Le Parisien Week-end
